Juin 20

« Faut-il réveiller le juge qui dort ? » ou « Uchronie judiciaire en prose et en un acte et demi »

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Le texte qui suit a été présenté dans le cadre de la « Petite Conférence du Stage ». Cette Conférence est la réplique, au sein de l’Ecole des Avocats de Toulouse, de la Conférence du Stage qui se joue dans la cour des grands (pour les avocats ayant déjà prêté serment). Ce concours est organisé chaque année et réunit les joyeux volontaires pour un redoutable et redouté concours de plaidoirie et d’éloquence (Oui, les deux ne vont pas -forcément- de pair…). Les sujets se veulent humoristiques, décalés voire absurdes. Quelques exemples des années précédentes: « Un intouchable peut-il tomber de son fauteuil ? », « Doit-on être timbré pour plaider ? »…Les sujets de la Petite Conférence – que votre serviteur (la non féminisation des noms a parfois du bon) a remportée en 2011 – étaient: « Peut-on discriminer sans incriminer ? »; « Garde à vue, Garde à vous ! »; « Jurés, crachez » ; et enfin, celui retenu : « Faut-il réveiller le juge qui dort ? ».

Chers juges attentifs : une brève présentation des personnages s’impose.

Les principaux protagonistes :

  • Le Chœur , en l’espèce, la Vox Populi
  • Les Moires qui dévident de nouveaux fils de l’Histoire
  • Le Juge, endormi, cela va de soi !

Les petites mains :

  • Les Templiers ; gardiens du fisc (une invention saugrenue dont le seul mérite est de réveiller l’inventivité du contribuable pour y échapper) et, gardiens de l’ordre (quel qu’il soit, mais surtout le leur). Les Templiers n’existent plus, sauf dans une saga en 7 tomes et un médiocre téléfilms, puisque brulés vifs en 1314.
  • Jeanne d’Arc, dite la Pucelle (avérée) ; inspirée (on ne sait pas vraiment par qui), et, inspirante (5 500 000 références sur Google). Brulée vive en 1431.
  • Feront de brèves apparitions : Socrate, Voltaire, Marcel Patoulachi et quelques autres.

 Préface, ou comment l’auteur plante le décor

Parfois, souvent diront certains, le juge dort. Non pas par un phénomène physiologique – bien compréhensible ! – consécutif à une veille prolongée, la tête dans quelques dossiers, le nez dans de très nombreux verres, mais, endormi par une force extérieure et toute puissante.

Le juge ferme alors les yeux, terrassé par un narcotique irrésistible-mais non insurmontable et encore moins imprévisible…-, versé dans le calice de la Justice par l’impérieuse main du pouvoir.

« Idolâtrie ! Ignominie ! Inconstance ! », scande haineusement la Vox Populi, Thémis à la vertu outragée dans laquelle elle se drape – à l’occasion ! – pour mieux oublier ses propres turpitudes. Némésis forcenée, elle abat son fléau sur le malheureux juge, hébété, shooté au GHB qui lui a été perfidement glissé dans son verre de Pomerol grand cru, année 1968.

Le juge doit, alors, être réveillé, Belle au Bois Dormant languissante, attendant en déshabillé le baiser de son prince libérateur, pour se transformer en Kraken courroucé, châtiant les impies !

 Le décor est planté, les acteurs se mettent en place.

Arrivent les Moires, ces 3 sœurs qui font et défont le destin des pauvres mortels. Les Moires ont quelque peu abusé de ces substances hallucinogènes, prisées des Incas, des chamans, de Dali, des sportifs de tout poil, et des festivaliers de Woodstock et d’ailleurs. Les fils de l’Histoire Judiciaire se chevauchent alors, s’entremêlent.

Imaginons, alors, pendant 10 minutes, ce qui ce serait passé si le juge s’était réveillé.

 Acte 1

Scène 1

Les Moires, en pleine montée d’acide,

La Vox Populi, hurlante,

Le juge, endormi.

Le Lieu/le temps : 14e siècle, Royaume de France.

Les Templiers arrivent en scène, c’est leur procès !

Sous l’effet des Moires libérées, le juge s’ébroue de son sommeil paralysant. Il balaie d’un revers de sa manche maculée du Pomerol dédaigné, les accusations de sodomites, bougres, hérétiques et sorcellerie – foin de la demi-mesure au Moyen-âge !

Jacques de Molay, Grand Maitre des Templiers, est relaxé. L’Ordre s’étend et résiste aux aléas de l’Histoire : à la révolution Française, au 1er choc pétrolier, au disco et à la mode des années 80.

En 2011, après 700 années consacrées à étudier l’économie-un délai minimum au vu des compétences financières de nos énarques actuels-, le Temple a placé la France en excédent budgétaire, les retraites sont assurées pour 3 générations, la sécurité sociale est florissante et le chômage…quasi inexistant !, SAUF (sauf) pour une poignée d’irréductibles barbus et chevelus syndicalistes, nostalgiques de l’ère-ô combien bénie par les usagers- où les trains arrivaient systématiquement en retard.

En 2011, remercions le juge de s’être réveillé, puisque grâce à lui, le paisible représentant de l’Etat qui toque aimablement à votre carreau de voiture, un rictus de jouissance à l’idée de vous aligner, ce doux fonctionnaire donc, se présente ainsi : « Frère Marcel Patoulachi, Templier du 2nd degré et gardien de l’ordre avant tout ! »

En 2011, le descendant de Jacques de Molay, digne héritier d’une longue lignée de pourvoyeurs de fonds..est président du FMI..rompu aux exercices de haute (et moins haute !) voltige, et au maniement..des deniers !

Scène 2

Les Moires, surexcitées ;

La Vox Populi, presque aphone ;

Le juge, endormi, encore.

Jeanne d’Arc fait une entrée, incendiaire, sur la scène, caracolant sur son blanc destrier !

Rappelons à nos juges attentifs ici présents, que l’ouest de la France est –déjà !- occupé par les Anglais, séduits par la douceur de vivre, l’élégance des femmes, le french kiss, le climat (on les comprend !), et la variété française (on les comprend moins !)

Jeanne, emprisonnée pour sorcellerie (encore !), attend que le juge se réveille de sa sieste, en parlant aux araignées de sa cellule puante.

Les Moires interviennent et, envisageant langoureusement le Juge effondré dans son Pomerol, lui assènent une claque BESTIALE sur son magistral fessier ! Réveillé en sursaut, les lunettes de travers, l’œil vitreux et la lippe luisante, le Juge absout Jeanne et la rend aux Français qui n’en demandaient pas tant…

Le match France Angleterre reprend et, comme à l’accoutumée, les Rosbifs nous mettent une fessée – 3 essais à 0, pas de bonus défensif !

Perfide Albion…

La France est British, le plat national est la Snake Pie, improbable tourte aux anguilles de la Tamise rédhibitoirement dégueulasse ;

Les mères questionnent : « Where is Brian ?? »

Et, cerise sur la pudding, le Prince William se marie avec Carla qui peut enfin remettre des talons hauts !

ACTE 1 ET DEMI

L’heure est grave, la fin approche (ouf !..)

Les Moires sont en furie, VITE, VITE, elles mélangent les fils de l’Histoire, les arrachent, les déchirent ;

La Vox Populi a l’air hagard

Le Juge se réveille fiévreusement et rend leur liberté aux accusés, aux nez et à la barbe du pouvoir :

Les traitres au régime communiste sont relâchés et se saoulent de vodka, tandis que Socrate et Platon sirotent leur Chianti, à l’ombre des oliviers en fleurs arrosés par Gaston Dominici ;

Fouquet et Geoffrey de Peyrac sortent des geôles de Louis XIV, le premier pour narguer le Roi du haut de Vaux le Vicomte, le second, retrouve Angélique, ex marquise des Anges, future Desperate Housewife alcoolique ;

Galilée découvre une nouvelle planète habitable, ce qui permet à Léonard d’imaginer le Space Tourisme ;

Larry Flint, libéré, a une révélation et travaille chez Disney !

ALORS, OUI, au vu de ces quelques considérations historiques, OUI ! le juge endormi doit être réveillé.

Mais rendons justice à la Justice aux yeux fermés : quand le juge dort, l’injustice réveille l’artiste. Sans ce sommeil, point de Traité de la tolérance de Voltaire ! Qui se souviendrait d’un pontifiant « Je suis d’accord ! » au lieu du lapidaire « J’accuse ! » ? La Bible ne serait pas le best-seller du millénaire et L’Archipel du Goulag s’intitulerait « La carte et le Territoire de l’archipel »….

Jamais, jamais Eluard n’aurait pu crier son indignation, l’amour n’étant plus un crime de guerre. Comprenne qui voudra..

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