«

»

Nov 28

L’administration universitaire

8 Flares Facebook 0 Twitter 7 Google+ 0 Pin It Share 1 Email -- Filament.io 8 Flares ×

L’administration universitaire : Winter is coming… mais pas tout de suite

Précédemment …

À l’université Port-Réal (Paris 24) le doyen de la Faculté de Droit, Norbert Bariat-Thenond, règne sans égal sur les Sept Sections de l’Ecole de Droit Westeros après être parvenu à détrôner l’ancien doyen fou, Denis Vernasi-Paquet de Targarien 3ème du nom et l’ensemble de sa suite. Les Vernasi-Paquet de Targarien – dont le prestige s’était déjà réduit à peau de chagrin suite à une coquille embarrassante dans un manuel de Droit Fiscal – ont été contraints à l’exil dans les terres éloignées de la province corrézienne où ils fomentent secrètement leur vengeance pendant plusieurs semestres.

Trois réformes universitaires infructueuses se sont produites depuis lors et tandis qu’une terrible grève étudiante hivernale se profile à l’horizon, Bariat-Thenond se rend dans le Nord (vers Amiens) pour solliciter son ami, Edouard Starque. Il le supplie d’assurer l’enseignement de Droit international Public L3 et de diriger l’équipe de chargés de TD laissée à l’abandon suite au trépas fulgurant de son prédécesseur, Laurent Arrine, en plein semestre. Une sombre histoire d’intoxication à la machine à café.

Edouard – que tout le monde appelle Ned pour une raison inexplicable – accepte à contrecoeur de quitter sa Picardie natale et entraîne avec lui deux de ses doctorants préférés, Hervé Valoche et Sabrin Rochas, de la mouvance doctrinale internationaliste Starque. À eux trois ils reprennent les rênes de la matière et tentent de cohabiter avec les autochtones hostiles. Ned est toutefois stupéfait d’apprendre que Norbert a épousé la belle et terrible responsable du service administratif de Port-Réal, Cécile Langisteur.

Cette dernière, alliée du chef des appariteurs, Jérémy « Pseudobellâtre » Langisteur, voit d’un très mauvais œil l’arrivée de Ned et persécute aussi bien les chargés de TD que les étudiants, en représailles. Seul Thierry Langisteur (oui, par aisance narrative toute la famille travaille dans cette faculté…), semble ne pas choisir de camp, préférant s’amuser de ces querelles et se consacrer à un ulterior motive inconnu depuis son bureau de la scolarité des Masters.

Professeurs, chargés de TD, étudiants et personnels administratifs sont désormais condamnés à mener une guerre voilée afin de s’assurer le contrôle de l’université, sans compter la lutte intestine liée à la conquête de la salle 304 que tous convoitent en raison de sa chaise de bureau dotée d’une option massage.

Pendant ce temps, en Corrèze, la nouvelle héritière des Vernasi-Paquet de Targarien, Denise, prépare un manuel de droit des obligations censé mettre un terme à la domination des Bariat-Thenond dans la matière. Mais c’est sans compter sur l’imminence de la grève hivernale initiée par le syndicat étudiant W.I.N.T.E.R., qui pourrait bien troubler les desseins de tout ce petit monde.

Je me réveille brutalement en hurlant « WINTER IS COMING! » et m’aperçois avec soulagement que je suis simplement avachi sur le fauteuil de mon salon, la télé allumée. Il faut vraiment que j’arrête de regarder ces séries stupides…

Bref, nous approchons de la fin de cette saga universitaire et il est temps de boucler la boucle grâce à la présentation d’une autre famille influente de Wester… de l’Université : l’Administration. En lieu et place de profilsnous opterons cette fois pour une présentation de phénomènes typiques qui, je l’espère, engloberont les cas de figure auxquels vous êtes le plus souvent confrontés. Cette démonstration appliquée au Droit vaut très probablement pour d’autres disciplines.

Aux nouveaux étudiants et enseignants : prenez-en de la graine et préparez-vous en conséquence.

Aux membres de l’administration qui seraient amenés à lire ce billet : si vous vous sentez visé(e)s le problème ne vient probablement pas de moi. Si vous ne vous sentez pas visé(e)s c’est que vous faites convenablement votre travail et êtes donc dispensé(e)s de m’envoyer des lettres remplies de poudre blanche. Ces anecdotes sont TOUTES inspirées de situations vécues par ma personne ou par des connaissances en tant qu’étudiants et/ou enseignants. On ne pourra donc pas m’accuser de caricature… Ces anecdotes ne sont même pas sublimées, c’est sans doute le plus dramatique.

Le PPF : Phénomène de la Porte Fermée

La récurrence la plus fatale de la vie universitaire mérite d’être traitée en premier : le Phénomène de la Porte Fermée.

[grondement de tonnerre / hurlements de loups / musique d’orgue]

Vous voilà donc étudiant ou enseignant en quête d’information. Votre premier réflexe après avoir constaté l’incompétence de vos collègues pour vous renseigner est de vous rendre au service de scolarité dont vous dépendez. Comble de malheur la porte est close alors que vous avez dû placer un RTT / sécher un cours / faire garder vos enfants pour pouvoir venir aux horaires d’ouverture (9h30-11h le matin, 14h30-14h45 l’après-midi, deux jours par semaine).

En fonction de votre karma vous vous trouverez face à deux situations :

  • une pancarte de fortune indiquant que « le bureau est fermé pour la journée », pancarte qui pourra rester accrochée pendant trois jours et finira ornée d’arabesques insultantes griffonnées par les étudiants.
  • aucune explication.

L’enseignant qui souhaitera rendre ses copies ou déposer un sujet d’examen hautement confidentiel se retrouvera alors aussi embêté que son voisin étudiant.

La frustration atteindra un nouveau palier lorsque l’enseignant et l’étudiant constateront grâce à des éclats de voix que le membre du personnel administratif (désormais MPA) est en fait bien dans son bureau. Les tambourinements ogresques sur la porte ne donneront rien, le MPA faisant ostensiblement montre d’indifférence. Les tentatives de coup de fil se solderont vraisemblablement par un échec, les terminaux téléphoniques des MPA étant dotés d’une option « Affichage du Numéro – Ignorer les appels des non-MPA ».

Alors que l’étudiant pestera de dépit et tournera les talons, l’enseignant (qui, certes, s’y est pris à la dernière minute mais doit tout de même remettre ses documents) sera contraint de crier à travers la porte et d’user de la technique honnie du « Méheu… je suis prof/chargé de TD! », espérant que personne dans le couloir ne le jugera pas pour avoir ainsi hurlé son statut. Alternativement, en désespoir de cause, il se rendra dans le bureau voisin où il constatera avec stupéfaction que le MPA qu’il recherchait mange sereinement des loukoums en compagnie de ses collègues. Charlie était donc là.

Le Rempart

À l’inverse du PPF, le phénomène du Rempart vous fera presque regretter d’avoir trouvé quelqu’un au secrétariat. En effet l’accueil qui vous est fait lorsque vous pénétrez dans le bureau se situe quelque part entre celui d’un garde de château-fort vous ciblant à l’aide d’une arbalète et celui d’un cerbère n’ayant pas pu se sustenter pendant trois hivers. Le « Bonjour » que vous adresserez au MPA ne vous sera pas rendu – n’envisagez même pas un regard – et votre requête sera écoutée d’une oreille distraite, le plus souvent dépourvue de bienveillance.

Vous : Bonjour, je…

MPA : Non, je n’ai pas vos notes du second semestre, vous m’enquiquinez tous! Revenez dans un mois.

Vous : Ah non, moi je viens récupérer ma liste d’étudiants pour mon TD qui débute dans cinq minutes.

MPA : Ah… C’est seulement maintenant que vous venez? Je ne l’ai pas imprimée.

Vous : Votre bureau est fermé depuis trois jours et vous n’avez pas répondu à mes appels.

MPA : Là ça ne va pas être possible, désolée. Je dois fermer.

Vous : Mais il est 11h50!

MPA : Justement, le bureau ferme à midi.

Le chargé de TD appréhende particulièrement ses visites chez le MPA-Rempart. Ses traits poupins le rapprochant désagréablement de la caste étudiante il ne peut s’appuyer que sur le port d’un costume pour se différencier de la marmaille qui fait la queue comme lui (« Poussez-vous manants, j’suis chargé de TD! »). Toutefois, la propension des étudiants à s’habiller comme des égéries d’Hugo Boss ruine cette progression vestimentaire et expose le chargé de TD à un accueil glacial dans le bureau du MPA. Or, rien ne vexe autant le chargé de TD que d’être pris pour un étudiant, donc maltraité. Rien.

Si vous êtes étudiant n’espérez pas la moindre sympathie face à un phénomène du type Rempart. Vous êtes le 156ème à venir poser la même question et prenez donc le risque de subir l’infâme « Je n’ai pas votre temps, débrouillez-vous! ».

Tu n’avais qu’à prendre un Juvamine

L’enseignant juriste étant (le plus souvent) un être humain, il est soumis aux lois de la nature et aux microbes répandus par le petit peuple dans les transports en commun. Il est donc susceptible de tomber malade comme tout un chacun, condamné à délirer fiévreusement dans son lit sur l’apport de l’arrêt Cognac de Ste Murge (C.Cass., 2012). N’ayant pas su anticiper sa maladie (nul n’est parfait), il avale une quelconque décoction lui permettant d’avoir les idées claires pendant environ cinq minutes puis contacte le secrétariat afin que ses étudiants soient avertis. Oui, chers étudiants, il est rarissime qu’un enseignant ne prenne pas la peine de notifier son absence à l’université, même à la dernière minute.

Deux cas de figure se présentent alors :

  • PPF appliqué au téléphone : l’enseignant délirant appelle vainement tous les services, finit par laisser un message peu cohérent et retombe dans le coma. Les étudiants ne seront jamais informés.
  • l’enseignant délirant parvient à contacter le MPA qui prend bien note de son absence et lui promet d’afficher l’information après raccrochage et lui souhaite bon rétablissement.

Dans le deuxième cas de figure le MPA pourra soit respecter cette promesse, voire aller jusqu’au sommet de la bonté Perlienne (voir infra), soit prendre son temps et afficher l’information APRÈS que le créneau du cours se soit intégralement écoulé, laps de temps durant lequel les étudiants auront eu dix fois le loisir de vilipender l’enseignant qui « nous a fait nous lever à 8h pour rien le sale khmal« .

Code Quantum

Dans ce cas de figure le MPA a acquis deux convictions :

  • les autres membres du monde universitaire disposent chacun d’une Delorean.
  • les autres membres du monde universitaire disposent tous du don d’ubiquité.

Et pour cause, quel étudiant/enseignant ne s’est jamais retrouvé désœuvré face aux situations suivantes :

  • Deux cours obligatoires placés dans le même créneau horaire, avec obligation d’assiduité. La solution pour l’étudiant est d’identifier l’enseignant le plus amène et de fondre en larmes devant lui en expliquant que le secrétariat lui a ri au nez lorsqu’il a exposé son problème. L’enseignant haussera généralement les épaules.
  • Une même salle attribuée à trois cours différents pour le même créneau horaire. Là, il appartient aux enseignants concernés de régler le différend par tous les moyens ajuridiques mis à leurs disposition.

 

  • Dans le cas plus spécifique de l’étudiant, deux cours placés dans deux créneaux consécutifs… mais dans deux lieux particulièrement éloignés l’un de l’autre. Tout à fait possible si tant est que l’étudiant se nomme Usain Bolt, dispose du pouvoir de traverser toute l’université puis la moitié de la ville pour rejoindre l’autre campus… en environ deux minutes. Une maîtrise du saut en longueur, de la manipulation mentale des transports en commun et une aisance pour le déplacement de toit en toit sera un plus appréciable.

 

  • Le plus gênant : deux examens placés dans le même créneau horaire. À moins d’envoyer un(e) ami(e) particulièrement ressemblant(e) passer l’une des épreuves à votre place, il vous faudra aller exposer votre problème à l’administration. Dans ce cas de figure, les parchemins trouvés dans la salle des Archives de la faculté de Port-Réal indiquent que certains MPA développent une coutume particulièrement fourbe : hausser les épaules et inviter l’étudiant à choisir laquelle des deux matières passer en rattrapage.

Bref, guettez la mise sur le marché des Delorean.

Lavazza

Cet aspect est à mettre en lien avec le PPF mais avez-vous remarqué qu’à chaque fois que vous cherchez un certain MPA il semble être à côté de la machine à café? Oui, en train de boire un café qui paraît meilleur que le vôtre, ce qui a le don pour vous agacer encore plus.

Gare à vous! Le MPA en pause café bénéficie d’une protection digne de l’immunité diplomatique. Ne le sollicitez pas durant ce laps de temps à moins que vous ne soyez au minimum professeur agrégé, autrement la foudre divine s’abattra sur vous.

Cette pause demeurerait somme toute assez légitime si elle durait dix ou quinze minutes comme dans le secteur privé. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Et il y a là une explication : l’inflation publicitaire propre au secteur du café semble inciter certains MPA à tester différentes poses afin de sublimer leur manière de boire de café (« What Else? »). Cet entraînement nécessite donc trois sessions de vingt minutes dans la journée.

Nous ne voyons pas d’autre explication. Comment ça « c’est foireux »??

La Perle / John Doe

Il existe dans chaque faculté un phénomène rare qui… oui, cette formulation est douteuse et… Vous allez arrêter oui !?

Ce phénomène rare est celui de la Perle. Patient, aimable, souriant, ce MPA aime manifestement son travail ou a une conscience professionnelle de haut niveau. Certains éléments caractéristiques, encore une fois tirés de faits réels, permettent d’identifier la Perle :

  • En cas d’absence d’un enseignant elle fera tout ce qui en son pouvoir pour contacter les étudiants concernés afin qu’ils ne se déplacent pas pour rien. Elle aura consciencieusement établi une mailing-list en début d’année à cette fin. Lorsque cela sera possible, dans le cas des promotions restreintes de Master 2 par exemple, elle ira même jusqu’à contacter CHAQUE étudiant par téléphone. Oui oui, déjà vu! Bon, cela suppose qu’il n’y ait que quinze à vingt étudiants dans la promotion.
  • Lorsqu’un étudiant désoeuvré la sollicitera pour lui faire part d’un souci impliquant différents services de l’administration la Perle saisira elle-même son téléphone et amorcera les démarches nécessaires pour lui fournir les renseignements pertinents, ce en violation flagrante de la règle du porte-à-porte (voir infra). On n’a pas idée d’être si serviable! Scandaleux!
  • En cas d’incohérence flagrante sur le relevé de notes d’un étudiant, elle sollicitera spontanément ce dernier ou l’enseignant concerné afin de s’enquérir de la régularité de la situation. Plusieurs étudiants ont ainsi été sauvés du rattrapage sans même s’en rendre compte. Oui oui.
  • Sa porte demeure entrouverte. Volontairement, pas juste à cause d’un coup de vent. Quel plus grand signe de bienvenue?

Dans le cas rarissime où la Perle est capable de mettre un nom sur les visages d’une partie de la promotion, elle est qualifiée de John Doe et se voit généralement offrir des chocolats lors des fêtes d’année, voire une bouteille de champagne si les étudiants sont très reconnaissants.

Méfiance toutefois, n’abusez pas de la bonté de la Perle. Après avoir exceptionnellement autorisé une dizaine d’étudiants à changer de groupe en dépit des règles de l’UFR, elle est tout à fait susceptible de s’irriter, être influencée par ses collègues moins avenants et d’être victime du phénomène « Viens du côté obscur… on a des Pim’s ». L’affichage soudain d’un panneau peu accueillant est signe qu’il vaut mieux laisser la Perle se calmer quelques jours.

L’oral de rattrapage

L’Oral de rattrapage… parce que vous le valiez bien.

Phénomène extrêmement connu des étudiants et redouté par leurs enseignants en raison de possibles class-actions : l’erreur de note préjudiciable à l’étudiant. Plusieurs cas de figure encore une fois tirés de la réalité et dont certains sont pardonnables… certains :

  • La décimale qui fait mal : Soyons réalistes, une moyenne de 1,5 sur 20 est tout à faut imaginable en Droit, surtout en Licence dans la matières de droit pri… Hem! Rien. Nous disions donc que ce phénomène survient lorsqu’une décimale en situation irrégulière se retrouve entre deux chiffres de votre moyenne sur votre relevé de notes, suite à la négligence du MPA. Oui, en fait vous aviez 15 sur 20 mais le temps de le prouver… vous avez déjà été catapultée(e) en rattrapage.
  • Le doppelganger : Oui, ça s’est vu. Il est fort probable qu’il y ait dans une promotion de 1500 étudiants au moins deux Dupont. Dans l’éventualité où le MPA fera abstraction de leurs prénoms un échange intégral de moyennes ne relève pas de l’impossible. Souci : l’un des Dupont n’a pas nécessairement intérêt à accélérer les procédures… Jusqu’à preuve du contraire il a validé, lui. Et puis… le temps de prouver votre bonne foi vous avez déjà été catapultée(e) en rattrapage.
  • Défaillance : Vous êtes venu(e) en cours, à tous les cours, inlassablement, alors que cela impliquait de rater chaque semaine le troisième candidat d’un Dîner presque parfait. Pourtant, pour une raison que vous ignorez vous vous retrouvez défaillant(e) dans la matière où vous étiez censé(e) avoir 16. Souci : seul votre chargé de TD peut prouver le contraire… s’il se souvient de vous… s’il n’a pas déjà brûlé ses fiches d’assiduité… s’il n’a pas fui dans une contrée exotique. Notons que cela peut être dû à une erreur de l’enseignant mais… le temps de le prouver vous avez déjà été catapultée(e) en rattrapage.
  • La matière que vous n’auriez JAMAIS dû suivre : Certes, vous l’avez un peu cherché mais bon… On vous a proposé en début d’année de suivre certaines matières supposément « disponibles dans votre cursus » et intégrables « sans le moindre problème ». « Cool », vous dites-vous, un amphi de sociologie des séries télévisées américaines sera toujours plus agréable à suivre que les options dites « réorientation » proposées au premier semestre (compta, sociologie politique, etc.). Oui bah non. Après avoir validé la matière haut la main grâce à un visionnage intensif de The Wire, l’administration vous apprend – en fin d’année naturellement – que vous n’auriez finalement jamais dû suivre cette matière et que le destin vous a berné(e). Conséquence : vous n’avez pas complété votre relevé de note. Je vous laisse deviner la suite.

Il y a tant d’autres exemples… Tout ceci serait pardonnable si les étudiants disposaient de moyens pour prouver (rapidement) leur bonne foi. Ce type de recours est malheureusement très optionnel et, à moins de prendre en otage la machine à café pour faire pression sur l’équipe administrative, il y a de grandes chances que le MPA vous oppose le Rempart.

« Aaaaah je suis désolée mais je ne suis pas là pour régler les problèmes de chaque étudiant… Il ne vous reste plus qu’à redoubler. Vous n’aviez qu’à être plus vigilant. »

 

56 k

Dans la mouvance du phénomène précédent il convient de s’intéresser à la publication de vos relevés de notes grâce à trois sous-phénomènes administratifs :

  • La publication de vos notes sur le… serveur de l’université : Oubliez que vous avez la fibre optique et une connexion 108 Mega. Occultez la configuration nec plus ultra de votre Mac Sky Infinity, pourtant capable de faire tourner Diablo III, les Sims et un DVD en même temps! Récupérer vos notes sur le serveur de la fac vous rappellera la sombre époque de votre forfait AOL 56 k (Forfait 12h/mois). Soit le serveur sautera dix minutes après sa mise en service (il n’y a pourtant eu que vingt connexions), soit l’affichage de la moindre page générera une attente digne d’une saison des Feux de l’Amour. Chrome, Firefox, Safari, Internet Explorer (oui, vous en arriverez là), rien n’y fera. La touche F5. Le reboot de votre ordinateur. Le triturage du cable ethernet! L’extinction du wifi et de la box TV! L’appel aux camarades qui vous annonceront avec dépit qu’ils attendent que la page finisse de charger depuis le début du téléfilm de TF1. Télécharger une chanson sur Napster en 1999 était bien plus rapide… Il convient tout de même de noter que seul un MPA spécifique est responsable de ce défaut : L’inaccessible PMA Informatique que seuls d’autres MPA peuvent contacter. En somme, bon courage!
  • La publication de vos notes de partiel… 6 mois après ceux-ci : Nous ne nous appesantirons pas sur ce point. L’intitulé est déjà assez embarrassant en soi.
  • La publication de vos notes de rattrapage de partiel… le jour de la rentrée suivante : Encore une fois l’exemple présenté est inspiré de faits réels et votre honorable serviteur, bien qu’il n’en ait jamais fait les frais (*rire hautain*), a pu assister au désarroi de ses compagnons. Quel cliffhanger aberrant peut justifier le fait qu’un étudiant arrive le lundi 2 octobre en se demandant s’il ira fièrement assister au cours de Finances Publiques (L2) ou s’il doit retourner dans un cours de L1? L’affichage des résultats trente minutes avant le début des premiers cours relève clairement du traitement inhumain et dégradant.

 

Le sujet était presque parfait…

…Sauf qu’au moment de les récupérer l’enseignant constate avec effroi qu’une page incluant deux documents a disparu. Ce ne serait pas troooop gênant s’il n’y avait que deux ou trois dizaines d’étudiants de Master 2… mais avec 400 étudiants déjà installés dans l’amphithéâtre et au bord de l’apoplexie… la situation peut prendre un tournant dramatique.

MPA Reprographie : Oups… Vous êtes certaine que les documents étaient tous présents dans le sujet original??

Vous Prof : Mais ouiiiiii!

MPA : Et ils ne peuvent pas traiter le sujet sans ces deux documents…?

Vous : L’arrêt Commune de Plouc-les-Bœufs et l’extrait de l’article de Robertescu? NON!

MPA : Je pense qu’il va donc falloir… retarder le début de l’épreuve… 400 exemplaires? Ça devrait nous prendre une heure, pas plus…

Rupture des relations diplomatiques

On pourrait penser que des gens qui se croisent si souvent dans les couloirs, près de la machine à café et travaillent dans la même institution seraient informés des mesures prises par les uns et les autres, ne serait-ce que pour assurer un minimum d’harmonisation entre la pratique des différents services. Hélas…

Vous : Bonjour, je viens me renseigner au sujet du remboursement de mes frais de mission d’il y a huit mois. On m’avait dit que la somme serait virée sur mon compte en banque au plus tard dans les quatre mois suivant le rendu des justificatifs…

MPA : Bizarre, quelqu’un a du mal faire son travail… Qui s’est occupé de vous?

Vous : Vous.

MPA : Ah… C’était pour quel voyage? Et qui êtes-vous en passant?

Alors que vous expliquez à votre interlocutrice qui vous êtes et de quoi il s’agit, celle-ci se rappelle de vous et affirme que vous auriez normalement dû avoir été remboursé depuis longtemps. Elle vous recommande alors d’aller vous renseigner à la compta pour vérifier qu’ils disposent bien de votre RIB et au bureau du secrétaire du doyen au cas où la mission n’aurait pas été signée par lui car sans ces deux critères impossible de vous rembourser.

Après avoir gravi cinq étages de l’université dans une ascension qui manque de vous coûter la vie, la compta confirme qu’elle a bien votre RIB mais pas d’ordre de paiement, vous renvoyant donc au fameux secrétaire du doyen (le bâtiment de l’autre côté du canal) qui jure que la mission a bien été validée mais que ce n’est pas lui qui s’occupe de payer. Selon lui ce retard est imputable au service financier de la Fac qui, pour une raison que vous ne maîtriserez jamais, est à distinguer de la compta.

Vous voilà donc revenu à votre point de départ pour expliquer à votre interlocuteur initial que le bureau du doyen a bien validé la mission, que la compta a bien votre RIB et que selon ces deux services « C’est de sa faute ».

MPA : Mais je ne comprends pas, on vous a probablement mal renseigné. Si ces deux services avaient bien validé les documents nécessaires ils seraient sur mon bureau et j’aurais tout renvoyé à la compta qui aurait été en mesure de vous rembourser.

Et c’est à ce moment précis que votre MPA réalise avec stupéfaction que votre dossier est sur son bureau, oublié au milieu d’autres documents.

MPA : Ah bah oui tiens! Il était resté sur mon bureau, ha ha ha!

Vous : …

MPA : Bon… bon… tout m’a l’air complet. Ah, ce ticket de caisse est un peu effacé… bon, allez, on va faire avec. Il ne reste plus qu’à renvoyer ça à la compta et vous serez payé dans les délais prévus.

Voyant que le MPA dépose votre dossier sur une autre pile, vous lui proposez aimablement d’opérer vous-même le transfert du document. Le plus souvent c’est la meilleure solution…

Les étudiants seront familiers de ces errements lorsqu’ils devront obtenir des conventions de stage ou l’infâme quitus. Oui, le quitus, ce document indispensable lorsque vous souhaitez changer d’université au cours de votre cursus (pauvres fous!). Celui qui atteste que vous êtes en règle avec la bibliothèque de votre université de départ (« Pas de fugitifs chez nous! »). Celui sans lequel votre université d’arrivée refusera de vous inscrire mais que votre université de départ refusera de vous remettre tant que vous ne lui avez pas fourni d’attestation d’inscription dans l’université d’arrivée. Cela ressemble un peu au récit présenté dans la vidéo ci-dessous

***

Bon, il y a des MPA normaux qui, sans être du niveau de la Perle, font convenablement leur travail aussi. Nous en avons rencontré et nous leur rendons hommage, mais reconnaissez que vous n’êtes pas venus ici pour entendre parler d’eux.

***

Note de la Rédaction : nous adressons une nouvelle fois nos plus vifs remerciements à Hervé Valoche, qui a accepté de nous « prêter » sa série de billets « faune des facs de droit ».

Note numéro 2 : il y a un nombre inhabituellement élevé de « Perles » dans l’administration de la fac de droit d’Amiens, qui nous permettent d’échapper aux situations cauchemardesques ici décrites. Il fallait que ce soit dit !

8 Flares Facebook 0 Twitter 7 Google+ 0 Pin It Share 1 Email -- Filament.io 8 Flares ×

(2 commentaires)

1 ping

  1. Alban SAIGNANT

    Très beau billet,

    J’ai toujours l’impression que les personnels administratifs s’imaginent que les étudiants et les enseignants ne seraient à l’université que pour les empêcher de faire leur travail qui consisterait à mettre des tampons, classer des documents etc.

  2. Valoche

    Et en plus, sans calcul aucun, ça se passe en Picardie! Que demande le peuple?

  1. Les profs de droit | Un peu de droit

    […] A venir prochainement : l’administration. […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>