Avr 11

Découvrez les coulisses du jury populaire version 2.0 (1ère partie)

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La justice se manifeste parfois là où l’attend le moins, et par des biais surprenants.

Prenez une structure sociale lambda, ajoutez-y un besoin impérieux de rendre une justice extrêmement rapide et dissuasive, mélangez avec un manque flagrant de moyens , et saupoudrez d’un zeste de jugeote et de bonnes idées. Vous obtenez ce qui suit :

Le jury populaire accessible à (presque) tous, qui rend des décisions en moins d’une semaine !

Mais comment est-ce possible ? Explications dans ce billet.

I. Contexte de création du Tribunal

II. Conditions d’éligibilité au statut de « Juré 2.0 »

III. Fonctionnement du Tribunal

  1.  Le code pénal pour les nuls
  2.  Les signalements : pour le bien de tous, soyez un délateur
  3.  Les dossiers : traduisez, riez, analysez, jugez
  4.  Le processus de jugement : le choix de l’opacité absolue
  5.  Les sanctions : du rappel à l’ordre au bannissement définitif
  6.  Quels bénéfices pour les jurés d’un jour ?

 IV. Quelles impressions et quel avenir pour ce modèle singulier de justice populaire ?

I. Contexte de création du Tribunal

 

Calmons d’emblée vos esprits aiguisés – à juste titre – par la curiosité.

Il s’agit d’une structure d’essence ou d’esprit juridique créée dans le cadre d’un jeu vidéo très populaire.

Ce jeu s’intitule « League of Legends », est développé, produit et distribué par Riot Games et compte plusieurs millions de joueurs actifs quotidiennement, ce qui est assez rare pour être remarqué. Il est également très pratiqué sur la scène des sports virtuels (E-sport pour les intimes).

Version courte :

S’agissant d’un jeu compétitif (joueur contre joueur) où la gratuité règne en maître, où vous êtes associé à d’autres personnes (de niveau équivalent) de manière aléatoire, les prises de bec et incivilités sont légion, avant, pendant et après les matchs.

 Version longue :

Ledit logiciel est basé sur le modèle économique du « free-to-play » (libre de jouer, en français google), c’est-à-dire qu’il est en téléchargement libre (point d’achat chez votre revendeur préféré) et gratuit à l’utilisation. La seule rémunération que s’offre le producteur du jeu est celle de points particuliers qui sont achetables contre espèces sonnantes et trébuchantes. Ces points particuliers permettent d’obtenir des récompenses spécifiques ou d’améliorer ou de personnaliser son avatar de manière unique.

Je ne rentrerai pas dans le détail des mécaniques du jeu puisque tel n’est pas l’objet de mon intervention aujourd’hui. Tout au plus me permettrai-je d’indiquer que vous jouerez des parties d’environ 45 minutes avec des joueurs humains (5 joueurs dans chaque équipe, soit 10 joueurs en tout par partie).

Oui, vous avez bien lu, des humains ! Des gens comme vous et moi (enfin, surtout comme vous), ceux qui s’énervent, pestent, jubilent, charrient, et dénigrent les autres !

Les équipes sont formées aléatoirement (sauf si vous jouez avec des amis, ce que je déconseille, les joutes verbales avec les membres de votre équipe en perdent alors toute saveur) et c’est parti !

Vous jouerez souvent avec des non-français (90% du temps), une maîtrise sommaire de l’anglais est dès lors indispensable.

D’emblée, avant même le lancement de la partie, les esprits s’échauffent : pourquoi diable mon partenaire étranger et inconnu a-t-il pris ce personnage ? Pourquoi donne-t-il des conseils à mes partenaires d’infortune ? Pourquoi suis-je la seule personne sensée dans cette équipe ? Alors que je m’apprête à dire un mot à ce petit galopin dont l’anglais est aussi approximatif que le mien, quelqu’un m’a devancé en écrivant simplement « Shut the fuck up, moron, l2p » (traduction google : @#%& ¤*, £§, apprends à jouer).

Et ce n’est que le début.

La partie se prolonge, et, qu’elle se termine par une victoire ou une défaite (les récompenses n’étant bien évidemment pas les mêmes), les insultes et impolitesses fusent de toute part, à tout instant, et en toute langue (même si l’anglais est préféré de peur que le sens des répliques hautes en couleur échappent à l’assistance), et entre membres de sa propre équipe ou de l’équipe adverse.

Ces parties-là constituent environ 90% du jeu ; l’esprit des joueurs y est nauséabond. Et pourtant, le jeu est lui-même extrêmement plaisant, ce qui pousse le joueur à renouveler l’expérience.

Les problèmes sont les suivants :

  1.  La gratuité implique que des cohortes de pré-adolescents polyglottes, au verbe haut et au langage fleuri envahissent les serveurs du jeu. Les langues de Molière et de Shakespeare, utilisées dans les premières minutes d’une partie à communiquer stratégie et tactique, servent en fin de partie davantage à l’improvisation linguistique de vocabulaire ordurier.
  2.  Manque de moyens drastique du producteur du jeu et connaissance par ce dernier des problématiques fortes liées à ces incivilités et à la nuisance que cela peut lui causer commercialement parlant
  3.  The show must go on (ce n’est pas Freddy Mercury qui me contredira, surtout de là où il est). Le jeu se pratique uniquement sur Internet, à toute heure, de jour comme de nuit ; vu le nombre de joueurs et la popularité du jeu, il est impossible « d’arrêter » la machine.

La solution a donc été de créer un organe, sobrement intitulé « Le Tribunal », chargé de régler ces cas d’incivilité, où les joueurs sont jugés par d’autres joueurs. Système simple, efficace, plutôt juste et sans aucun coût pour le producteur (nous reviendrons sur les raisons qui pousseront les joueurs à juger leurs pairs plus loin dans l’analyse – non, ce n’est pas la philanthropie, pour ceux qui espéraient encore).

 

 II. Conditions d’éligibilité au statut de « Juré 2.0 »

 

Ne devient pas juré populaire qui veut. Enfin presque.

Les conditions sont les suivantes :

  1.  Certifier avoir 18 ans
  2.  Avoir un compte de niveau 30 (niveau maximum) dans le jeu
  3.  Parler anglais convenablement (vérification réalisée via un petit test sur le site internet du producteur du jeu)
  4.  Suivre une formation d’une heure sur le fonctionnement du Tribunal
  5.  N’avoir soi-même jamais été mis en cause par le Tribunal

Pfiou. Ca y est, je peux être juré ?

Perdu. Seule la condition numéro 2 est nécessaire pour être juré. Tout le reste est superflu (aussi étonnant que ca puisse paraître).

Réjouissez-vous, vous pourrez être jugé par votre petit frère de 7 ans, qui ne parle pas un mot d’anglais, qui n’a d’éducation que celle qu’ont bien voulu lui transmettre ses parents et qui ne connaît rien du mot « droit » si ce n’est que c’est le contraire de « gauche » (ce qui est suffisant à son âge me direz-vous).

Cela étant, la seule condition requise pour être juré est malgré tout peu évidente à remplir. En effet, avoir un compte de niveau 30 nécessite un fort engagement dans le jeu, du moins en terme d’heures passées et de points d’expérience engrangés (comptez environ 200 heures de jeu, ce qui est loin d’être faisable pour tout le monde).

Votre serviteur s’est attelé à cette lourde tâche – pour des raisons purement juridiques, cela va de soi, car loin de lui l’idée de s’adonner à des plaisirs vidéoludiques ô combien décriés.

Le niveau maximum atteint, vous êtes expérimenté, vous jouez correctement, connaissez toutes les ficelles du jeu et savez normalement – sauf déficience mentale sérieuse ou mauvaise foi manifeste – faire la différence entre un bon et un mauvais joueur.

Vous savez donc juger du niveau d’un joueur ? Très bien, comme si cela ne suffisait pas, vous pouvez dès à présent également juger son comportement.

 

L'écran de connexion au tribunal (cliquez pour agrandir).

III. Fonctionnement du Tribunal

 

1. Le code pénal pour les nuls

Un jeu est un microcosme juridique, où les règles sont fixées par le développeur/producteur… et ce dans le respect de grands principes juridiques communément admis (à ce titre, on peut trouver l’interdiction du harcèlement, des insultes, notamment à caractère racial, ethnique ou sexiste…).

Cela étant, l’ensemble s’assimile davantage à une charte de bonne conduite qu’à des règles absolues, applicables individuellement.

Le document de référence dans le jeu s’intitule « le Code de l’invocateur », et c’est au regard des dispositions de ce code que les affaires seront jugées… enfin normalement.

Exit le principe de « légalité des délits et des peines virtuelles », il est rappelé à moult reprises que l’appréciation de la culpabilité des personnes mises en cause se fait davantage sur l’appréciation générale de son comportement sur plusieurs parties (à cet égard, se reporter à la partie C) que sur l’application stricte des dispositions du Code.

Le Code de l’invocateur sert donc de guide, de ligne générale d’appréciation du comportement des joueurs, mais n’a pas vocation à être suivi à la lettre.

Vous l’avez compris, ce jeu dispose du label « Equitable ® » (entendre par là que 1- L’équité domine le droit 2- Tout l’argent revient au producteur – du jeu – sans passer par des intermédiaires).

2. Les signalements : pour le bien de tous, soyez un délateur

Comment mettre en cause un joueur ?

C’est très simple. A la fin de chaque partie apparaît un tableau de résultats, montrant les performances de chaque joueur au cours de ladite partie. A côté du nom de chacun des joueurs apparaît une icône permettant de « signaler » un joueur, et ce, pour des motifs variés. Ces motifs sont détaillés ci-après, de manière non exhaustive :

  •  langage offensant
  •  acharnement verbal
  •  nom inapproprié (ex : des noms incitant à la haine raciale, ethnique… ou des homonymes / homophones de personnages tristement célèbres)
  •  quitter la partie / s’absenter (extrêmement fréquent et pénalisant pour l’équipe)
  •  refus de communiquer avec l’équipe
  •  attitude négative
  •  anti-jeu : aide à l’équipe adverse (un joueur tellement excédé peut subitement décider non pas de ne rien faire, mais d’aider ses adversaires)

D’autres motifs tenant à des mécaniques de jeu exploitées pour nuire à son équipe ne seront pas détaillées.

Chaque joueur a la possibilité de signaler une fois, pour un seul motif toute personne avec qui il a eu l’occasion de jouer (partenaire ou adversaire), soit un maximum de 9 signalements par match (chaque partie comprenant, pour mémoire, 10 joueurs).

Bien souvent, un joueur signalé pourrait cumuler les motifs de signalement (ex : nom inapproprié + langage offensant + acharnement verbal + attitude négative) ; cela étant, c’est au délateur de choisir le motif qui, selon lui, est le plus pertinent.

Il peut accompagner le signalement d’un petit texte explicatif afin de détailler les raisons qui l’ont poussé à signaler le comportement d’un joueur (l’idée sera de convaincre le juré de condamner le malandrin). Témoignez efficace, témoignez à charge !

Il faut noter que la délation n’est pas encouragée par le producteur du jeu (les icônes de signalement sont assez difficiles à trouver pour le néophyte) ; pour autant, aucune sanction n’est prévue en cas de signalement abusif (un joueur de mauvaise foi aura, par exemple, tendance à signaler l’ensemble des joueurs de son équipe, car il les estimera trop stupides pour espérer saisir ne serait-ce qu’une once de ses éclairs de génie stratégique).

 3. Les dossiers : traduisez, riez, analysez, jugez

Après s’être connecté au site du jeu, onglet Tribunal (et avoir entré votre identifiant confirmant votre statut de joueur éligible), les règles sont rappelées à chaque fois que l’on veut examiner des dossiers.

Ces règles sont les suivantes :

Les règles du Tribunal (cliquez pour agrandir).

 

Une fois ces conditions acceptées, on entre dans le vif du sujet.

Une fiche apparaît avec le nom d’un joueur, son niveau, et les différentes parties pour lesquelles il a été signalé (5 parties maximum).

Il va falloir à présent examiner, pour chaque partie où le joueur a été signalé, la morphologie de chaque match, le comportement du joueur incriminé, celui de ses partenaires et adversaires, et déterminer quelle est la part de responsabilité de notre mis en cause dans le déroulement de la partie.

Les outils suivants sont mis à disposition du juré en culotte courte que vous êtes, et ce, pour chaque match :

  • Les formulaires de signalement envoyés par les joueurs (avec le motif principal et, le cas échéant, le texte explicatif détaillant les raisons du signalement)
  • Les résultats détaillés du joueur, de son équipe et de l’équipe adverse
  • Les données techniques de jeu qui permettent au juré d’apprécier l’opportunité et la justesse des choix stratégiques du joueur signalé
  • L’ensemble des lignes de dialogue avant, pendant et après le match pour l’ensemble des participants (joueur signalé, ses partenaires, ses adversaires)

Les lignes de dialogue constituent l’essentiel du travail d’analyse, et sont bien souvent en anglais (mais on peut trouver la quasi-totalité des langues européennes – les plus représentées étant l’allemand, le français et l’espagnol).

Une bonne compréhension de l’anglais, des acronymes et abréviations propres au jeu et au jeu en ligne en général sont indispensables pour espérer comprendre quelque chose aux lignes de dialogue et, par la même, de pouvoir juger de manière éclairée. Je peux vous assurer que quelqu’un qui parle très bien anglais mais n’a jamais joué au jeu ne comprendra absolument rien aux dialogues.

Avant de se pencher sur les paragraphes entiers dédiés aux insultes, il convient de s’intéresser à ce qui entraîné l’aggravation de la situation et l’apparition d’un vocabulaire inapproprié et répréhensible.

Tel un Sherlock Holmes numérique, vous devrez déterminer qui pourra se voir affubler de la formule suivante : « C’est lui qu’a commencé ! » (Fabien, 5 ans, Cour d’Ecole de Reims, PIF -Presse Inutile Française- n°43 p.212).

Une analyse relativement poussée (soit entre une et trois minutes par partie, dépendant de la longueur des dialogues) permettra de dégager, selon sa sensibilité du juré, une idée du rôle de chaque joueur dans la partie et de son degré de compétence, et, partant, de la véracité des signalements effectués pour notre joueur mis en cause.

Une fois ces vérifications « techniques » effectuées, il est temps d’apprécier le caractère plus ou moins courtois des propos tenus par notre joueur (et par ses partenaires et adversaires, puisqu’un dialogue se construit rarement seul – bien que j’ai souvenir d’avoir vu des écorchés vifs insulter l’ensemble de l’assistance pendant toute une partie sans recevoir de réponse).

Bien entendu, c’est la partie la plus croustillante de l’analyse et, même après 50 dossiers, il est heureux de constater que la créativité de nos congénères est sans limite, reléguant à cet égard les métaphores pourtant sucrées de Fréderic Dard à des poncifs.

Après avoir analysé la compétence, l’attitude (bonne ou mauvaise foi notamment) et le langage de notre joueur signalé sur chacun des matchs, il va falloir prendre une douloureuse mais salvatrice décision :

Les différentes options qui s’offrent au juré.

Article à suivre… !

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(5 commentaires)

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  1. J’ai voulu faire de la pub pour cet excellent papier sur twitter en utilisant le hashtag (mot-clé précédé d’un dièse) rameutant les fans de League of Legends et je me suis aperçu que cela donnait #LoL. Alors j’ai abandonné cette idée. #MDR

    • Gilles on 11 avril 2012 at 20 h 53 min
    • Répondre

    Pfff je suis dègu, je pensais que l’article était complet, maintenant je veux savoir la suite.
    Décidément, j’aurai du me mettre plus sérieusement à LoL, ce jeu réserve plein de surprises 🙂

    • Fred on 11 avril 2012 at 22 h 33 min
    • Répondre

    Article très original et très agréable à lire. Même connaissant les tendances de geek refoulé du maître des lieux, je ne m’attendais pas à en lire un comme ça.

    L’article use d’un ton assez caustique et très plaisant à lire. Il occulte cependant certains éléments: le fait que les avis – car ce ne sont que des avis – rendus par les joueurs doivent toujours être multiples et concordants, le fait qu’il n’y ait pas d’automaticité et qu’un membre de Riot (l’éditeur du jeu) vérifiera toujours avant de prendre une sanction lourde (de type bannissement, c’est-à-dire fermeture du compte)…

    Mais il est vrai que là n’est pas l’essentiel. La question posée est: est-il légitime de confier des pouvoirs de sanctions à une communauté de joueur? Elle mérite qu’on se penche dessus.

    Le parallèle avec nos jurés populaires est tentant, mais il faut rester dans certaines limites: on ne parle évidemment pas de matière pénale ici, bien que certaines sanctions peuvent avoir des répercussions financières bien réelles dans la « vraie vie ». League of Legends est un jeu dit gratuit mais qui possède le modèle économique du fremium. En gros, le principe est: « jouer gratuitement, c’est bien, mais si vous payez vous jouerez mieux ». Si maintenant, comme certains, on y a investi plusieurs dizaines d’euros et que le compte se retrouve banni suite à une décision du Tribunal, on voit bien que l’impact peut être plus étendu que la seule perte de quelques pixels qu’il suffira de récréer.

    Après, j’ai du mal à condamner la position de Riot sur ce point. Cette entreprise n’a pas les moyens financiers d’un géant comme un certain éditeur propriétaire d’une grande licence des MMORPG et dont le nom évoque une tempête de givre. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas le personnel nécessaire pour traiter « à la main » chaque réclamation, et Dieu sait que les jeux de ce type (dans le jargon, on dit « DotA ») sont propices à des comportements agressifs. Le choix semble alors s’opérer entre une « justice » (comme très justement dit, plus basée sur l’équité que sur le droit) populaire et ce qui pourrait s’apparenter à un déni de justice.

    Une chose ne me choque par contre absolument pas: l’idée des rapports d’incidents envoyés par les joueurs. En effet, il est un peu rapide de les qualifier de « délation », alors que ces rapports sont le plus souvent dressés par des gens qui ont souffert du comportement dénoncé lors de leur dernière partie. Ce sont donc plutôt des victimes que des délateurs. Par ailleurs, sauf à mettre un employé de Riot derrière chaque partie, c’est le seul système concevable et tous les jeux en ligne y recourent à des degrés divers. Par ailleurs, pour pallier aux signalements abusifs, Riot a prévu des gardes-fous et une seule dénonciation ne suffira pas à engager une procédure contre un joueur, il faudra là aussi pluralité.

    N’ayant pas pu pratiquer le tribunal moi-même, n’étant pas (encore) de niveau suffisant, j’attends comme tous je pense la suite de cet article avec impatience. Le débat devrait rebondir.

    1. Sans vouloir couper l’herbe sous le pied de l’auteur, qui voudra peut-être répondre, je précise d’ores et déjà que la deuxième partie de l’article (à paraître très prochainement) répond à plusieurs points que vous soulevez ici. C’est le défaut (mais aussi le charme) de la parution par épisodes !

    2. Merci pour ton commentaire Fred, content que l’article te plaise. Voici mon avis sur les éléments que tu as soulevés :
      1) La plupart des points que tu abordes dans tes questions trouvent, si ce n’est une réponse, à tout le moins une analyse dans la prochaine partie de l’article (notamment l’automaticité ou non des sanctions, leur nature), ainsi que le rappelle justement M. Netter
      2) Le parallèle avec les jurés populaires est, je le pense puisque c’est l’objet même de l’article, pertinent, puisque la fonction même du joueur est celle d’un juré dans le cadre du tribunal. Je m’attache davantage aux mécanismes utilisés et aux pouvoirs conférés aux joueurs pour dresser un parallèle entre ce qui existe en matière pénale et ce qui est décrit dans l’article. Il est bien évident que le pouvoir de sanction n’est pas le même de part et d’autre (encore heureux !).
      3) Concernant les rapports d’incident et le côté « délation », j’ai volontairement accentué le trait sur ce point pour que l’article soit plus vendeur. Sémantiquement, si l’on s’en tient à la définition française du terme délation, il s’agit d’une « dénonciation intéressée et méprisable ». L’acte de délation est donc, par définition, connoté négativement. Disons que ce n’est pas la dénonciation qui fait la délation, mais ses motivations. La délation, telle que j’y fais référence dans l’article, n’est en pas une au sens strict, mais c’était juste plus classe que d’utiliser le terme dénonciation. J’assume complètement ce parti pris. Cela étant, les choses seraient différentes si, admettons, les joueurs gagnaient des points pour avoir dénoncé quelqu’un qui, par la suite, se verrait condamné. S’engagerait alors une délicate course à « délation », au sens premier du terme (c’est-à-dire que je dénonce pour des raisons vénales, en dehors de toute intention civique).

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